Les plaisirs de la table à Ithaque
Le jour s'effaça. Des lumières rouges et jaunes en guirlande s'allumèrent le long de la côte. On ne découvrit le village d'Ithaque qu'après avoir doublé une pointe sur lequel veille une chapelle byzantine. Comme par miracle, la mer s'apaisa doucement laissant tomber le vent du nord qui retroussait trois oliviers plantés prés d'une taverne isolée du monde. Notre catamaran, un Lagoon 42 de chez Athenian Yachts, navigua sur les eaux transparentes à fond de roche vert pâle. On retrouva ce délice de la mer Egée où voir chaque jour le soleil se coucher et se lever. Notre glissade mélancolique vers la corniche du port sembla durer une éternité et la mer devint rouge puis violette avec des reflets jaunes. Au quai de Vathy, port principal de Ithaque, face à la statue de Ulysse en bronze vert brillant, nous fûmes aidés par un grec d'une beauté inoubliable aux yeux perçants et belle barbe blanche puis il alla s'assoir à une terrasse d'une taverne. Il nous invita à grignoter du poulpe grillé. Un régal. Tard dans la nuit, nos regagnâmes en silence notre beau catamaran qui se reposait dans la nuit étoilée avant de nouvelles épopées. Les bougies des terrasses s'essoufflèrent et il ne resta plus que les chats qui rodèrent sous les tables.
Le lendemain, le vent souffla fort dans le port à faire tomber la statue d'Ulysse. On doubla les amarres pour nous absenter la journée. Ainsi, nous en profitâmes pour louer des scooters. Direction la visite de l'île laissant notre palace se reposer au milieu des côtres et des bateaux de pêcheurs en attente d'une météo plus clémente. En grimpant vers la montagne d'Ulysse, le Sirrocco souffla tres fort nous obligeant à la prudence sur les petites routes en surplomb de la mer. Sur les traces de Penelope, nos quatre scooters se suivirent de villages en villages avec un stop café au monastère de Kathara qui offre une vue panoramique sur l'ile et surtout une leçon d'histoire de la Grèce antique et de sa mythologie.
Pour se situer, l'ile d'Ithaque n'est pas tres grande et se partage en deux zones montagneuses. La partie nord de l'île est la plus riche avec le mont Aetos qui aurait caché les présents de l'Odyssey. Il est facile de se repérer entre les petits villages en hauteur et les plages de galets.
À Stavros, un village de montagne au centre de l'île, la place principale accueille une jolie petite église au couleur du soleil. On ne peut pas manquer le buste en pierre d'Ulysse qui trône au milieu du village. Un petit Musée archéologique présente un tesson de poterie sur lequel est inscrit le nom d’Ulysse, découvert lors des fouilles d’Alalkomenes.
Sur les hauteurs enfin, accessibles en 15 minutes de marche, les ruines de la cité de Pélikata et un très beau point de vue. On peut s'attarder à l’Homer’s School, présenté par ses découvreurs (en 2010) comme le « véritable » château d’Ulysse.
Pour se restaurer, rien de mieux qu'une petite auberge blanche aux volets bleus en surplomb de la mer. Comme Penelope, Nathalie attendit son roi autour d'une bonne table conviviale. Ouzo, Tsatziki, tarama, caviar d'aubergines, purée à l'ail furent au menu pour tout l'équipage familial. Discussion sur l'Odyssee d'Homere que nous allons retrouver pour la deuxième partie de la journée.
Les routes dévalèrent en lacets les sommets de l'île vers les plages et les petits ports. De Stavros jusqu'au petit port de Frikes à l'extrémité nord de l'île, nos scooters roulaient entre les oliviers et les petites maisons grecques qui sentirent bons la cuisine. Toute la journée sous le soleil plombant, nous suivîmes le plan pour retrouver quelques vestiges de l'époque d'Ulysse. En vain, mais notre imagination fût débordante d'anecdotes.
Le soir tomba et ce fût une joie de retrouver notre joli bateau pour de nouvelles aventures en mer Ionnienne.